Colonia

ColoniaColonia. 1 heure 50. Allemagne – Luxembourg – France. Drame. Sortie en France le 20 juillet 2016. Réalisé par Florian Gallenberger avec Emma Watson, Daniel Brühl, Michael Nyqvist, Richenda Carey, Vicky Krieps, Jeanne Werner, Julian Ovenden, August Zirner, Martin Wuttke, Cesar Bordon, Nicolas Barsoff, Steve Karier, Gilles Soeder…

Chili, 1973. Le Général Pinochet s’empare du pouvoir par la force. Les opposants au coup d’Etat descendent dans la rue. Parmi les manifestants, un jeune couple, Daniel photographe et son ami Lena. Daniel est arrêté par la nouvelle police politique. Il est conduit dans un camp secret, caché dans un lieu reculé au sein d’une secte dirigée par un ancien nazi. Une prison dont personne n’est jamais sorti. Pour retrouver son amant, Lena va pourtant rentrer dans la Colonia Dignidad.

Bien que je n’aie rien contre ce genre cinématographique, je ne vais pas vous mentir, je ne serais sans doute jamais déplacé en salles pour voir « Colonia » s’il n’y avait pas eu Emma Watson. Le sujet m’intéresse mais c’est plus le type de film que j’apprends à apprécier davantage chez moi en temps normal. Seulement voilà, il était encore à l’affiche dans mon cinéma et collait bien avec mon emploi du temps donc j’ai sauté le pas.

Et je ne le regrette pas. J’avais un peu peur que la bande annonce m’ait raconté tout le film mais il en n’est rien. Elle en raconte pas mal malheureusement mais le scénario écrit par Florian Gallenberger et Torsten Wenzel a su rester fascinant. Si j’ai aimé le fait que cette fois-ci, ça soit une femme forte qui décide d’aller sauver un homme qu’elle aime (et non l’inverse), il y a au-delà de ça une tension palpable de bout en bout qui fait que l’on se sent également prisonnier de cette secte.

Je ne connais pas grand-chose de l’histoire de Chili mais adapté d’une histoire vraie, ce récit fait vraiment froid dans le dos. On vit vraiment à l’intérieur de cette colonie, on se sent aussi priver de liberté et il s’agit là d’un crime que je trouve important de relater afin qu’il ne tombe pas dans l’oubli. La manipulation par la peur, la pensée y est bien représentée. C’est assez dur psychologiquement, la romance n’étouffe pas l’intrigue, elle est un simple élément de décor et même si ce n’est pas le genre de film que je verrais en boucle, son sujet en devient passionnant sans que l’on ne soit perdus même lorsqu’on est comme moi, très vite perdu en Histoire.

Le duo d’acteur Emma Watson (Lena Kortus) et Daniel Brühl (Daniel List) est parfait. Très complémentaire, on est très vite pris par le charme de ce couple qu’on a envie d’aimer. C’est en grande partie grâce à leurs interprétations que l’on souffre pour ce qu’il leur arrive. Emma Watson trouve là un très beau rôle cohérent avec les différentes causes qu’elle défend (elle est très engagée sur le droit des femmes et le féminisme), elle possède une légitimité et une certaine justesse dans son jeu. Daniel Brühl quant à lui réussit à nous montrer plusieurs facettes de son jeu et continue de nous prouver l’étendue de son talent.

Face à ce charmant couple, on retrouve Michael Nyqvist (Paul Schäfer) qui est terrifiant à souhait. Au-delà de son charisme qui fait qu’il s’impose assez facilement comme leader spirituel de cette secte, je trouve que le comédien joue avec brio la cruauté de son rôle. C’est loin d’être aisé, il aurait pu tomber dans plusieurs pièges mais il est si convaincant qu’il en devient vite angoissant. A ses côtés, Richenda Carey (Gisela) est pas mal du tout non plus dans le rôle du tyran féminin qui nous montre un autre visage de la cruauté humaine. Son rôle aussi est ambigu mais la comédienne s’en sort vraiment bien.

Le reste de la distribution est du même acabit avec des interprétations tout en retenu mais très efficace. J’ai notamment bien aimé Vicky Krieps (Ursel) et Jeanne Werner (Dorothea). J’aurais bien aimé en savoir davantage sur leurs personnages mais je comprends que l’intrigue ne se focalise pas trop sur elles afin d’éviter que l’on s’éloigne du sujet. Plus léger mais aussi plus anecdotique, j’ai bien aimé également Julian Ovenden (Roman Breuer).

Premier long métrage que je découvre de ce réalisateur, la mise en scène de Florian Gallenberger m’a plu. Pourtant, elle n’a rien de bien novatrice. Cette réalisation colle même à ce que l’on attend de ce genre cinématographique. Cependant, c’est très agréable à suivre et le cinéaste réussit très bien l’exercice de crée une tension qui va aller en s’accentuant.

Comme je le disais plus haut, durant toute ma projection, j’ai eu l’impression d’être pris au piège dans cette colonie, désemparé, tout comme Lena. Assez anxiogène, les quelques rayons de soleil à la fin m’ont même paru une délivrance comme une possibilité de respirer même si la tension était toujours là. On ressent le cri de colère que veut pousser le réalisateur, un cri qui s’amplifie encore plus lors de l’éternel texte de fin qui clôture le film pour nous rappeler les faits et nous dire à quel point ce fut une injustice terrible.

J’ai aussi bien aimé dans la façon de filmer de Florian Gallenberger cette volonté de ne jamais tomber dans le voyeurisme gratuit. Plus que par ce que l’on voit, c’est par ce que l’on ne voit pas que psychologiquement le film est dur. Le conseil des hommes, la scène de la douche, le seau d’eau… sont autant d’exemples (il y en a beaucoup d’autres mais je ne veux pas trop spoilers) où l’on a mal en n’en voyant que le minimum. Le réalisateur a eu l’intelligence de ne pas tomber dans l’excès et la surenchère gratuite ce qui rend son film encore plus puissant.

Les différents décors sont eux aussi bien exploités tout comme les costumes qui m’ont bien plongé dans cette époque. C’est peut-être même parfois un peu trop propre mais j’y aie fait vite abstraction. Le montage est efficace avec des ellipses de temps maitrisés qui font que ça reste rythmé et jamais ennuyeux. Quant à la bande originale, André Dziezuk reste discret. Il accompagne l’histoire sans trop faire pleurer les violons, la dureté du sujet se suffisant à lui-même.

Pour résumer, je suis sorti de ma projection de « Colonia » assez éprouvé. Je ne regrette pas mon visionnage en salles (même si à la télévision cela aurait pu être suffisant) car le film est véritablement prenant de bout en bout. Très dur psychologiquement, le sujet a été traité avec beaucoup de respect en évitant de nombreux pièges. L’interprétation est remarquable et la mise en scène intelligente. Bref, c’est un excellent long métrage que je recommande ne serait-ce pour entendre le cri de colère de ce film vis à vis de cette histoire. Un film dur, prenant, efficace et qui vaut le détour.

4/5 (Excellent)

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2 réflexions sur “Colonia

    1. Je suis si faible avec Emma Watson ^^ Blague à part, oui une découverte à la télévision doit être suffisante je pense. La mise en scène est très académique. C’est bien filmé mais il n’y a rien que le grand écran ne sublimerait même si c’est toujours agréable de voir un film en salles. Après, le film est très prenant et vaut quand même le détour 😉

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