Les 7 Samouraïs

Les 7 samouraisLes 7 Samouraïs (Shichinin no samurai). 3 heures 27. Japon. Drame. Sortie en France le 30 novembre 1955. Réalisé par Akira Kurosawa avec Takashi Shimura, Toshirō Mifune, Yoshio Inaba, Seiji Miyaguchi, Minoru Chiaki, Daisuke Katō, Isao Kimura, Yoshio Tsuchiya, Keiko Tsushima, Yukiko Shimazaki, Kamatari Fujiwara, Yoshio Kosugi, Bokuzen Hidari, Kokuten Kōdō, Jirō Kumagai, Haruko Toyama…

Au Moyen-Age, la tranquillité d’un petit village japonais est troublée par les attaques répétées d’une bande de pillards. Sept samouraïs sans maître acceptent de défendre les paysans impuissants.

« Encore une fois, c’est un combat perdu… Oui, les vainqueurs sont les paysans. Pas nous. »

« Les 7 samouraïs »… J’en ai entendu si souvent parler depuis que je me suis vraiment intéressé au cinéma. Pourtant, aussi surprenant que cela puisse paraître et bien qu’il soit cité à de nombreuses reprises comme une référence, je n’avais jamais vu ce film. C’est pas que le sujet ne m’intéressais pas, c’est surtout sa durée qui me faisait un peu peur et l’ouverture à une culture que je connais très mal. Pourtant, quand l’occasion s’est présentée à moi de découvrir enfin ce long métrage, je n’ai pas hésité bien longtemps.

Et je ne le regrette absolument pas. Si ce film a su marquer l’Histoire du cinéma, je le comprends aisément tant il s’avère riche, intense et d’une grande réussite. Cette réussite, on l’as dès le début avec un scénario écrit par Akira Kurosawa, Shinobu Hashimoto et Hideo Oguni qui est vraiment excellent. Au-delà du simple concept de départ que j’aime bien, je trouve que le film a su nous tenir en haleine et rendre son sujet captivant. Divisé à mes yeux en deux parties avec d’une part le recrutement de ses samouraïs et leur intégration dans le village et d’autre part la bataille finale face aux bandits, je dois quand même reconnaître que c’est la première partie (qui fait bien deux bonnes heures tout de même !!!) qui m’a le plus emballé.

La bataille finale est intéressante, j’ai beaucoup aimé leur stratégie qui reste très appréciable mais c’est vrai que même si elle n’est pas dénuée d’émotions fortes bien au contraire, c’est une partie à laquelle j’ai moins adhéré. Les deux premières heures m’ont ainsi pour leur part paru plus jouissive. Pas seulement à cause de l’humour qu’elle dégage parfois mais aussi parce que j’ai eu la véritable sensation de découvrir une façon de penser, une culture et tout un univers auquel je ne suis pas habitué. La dernière partie m’as elle parut plus conventionnelle et je ne sais pas si c’est la faute de la durée générale du film mais je l’ai trouvé aussi un peu trop longue même si je le comprends parfaitement, rien n’étant vraiment à jeter dans ce long métrage.

Scénaristiquement, c’est en tout cas très fort et en replaçant ce film dans les années 50 où il a été tourné, je reconnais vraiment la qualité du travail. Il n’y a pas vraiment beaucoup d’action (ceux qui s’attendent à de grands combats risque d’être déçus même si la bataille finale est très bien millimétré) mais ça reste captivant et très dynamique le tout avec comme je le disais, une petite dose d’humour qui n’est pas déplaisant. Si parfois je reconnais avoir été un peu perdu avec tous ses protagonistes, cette histoire se suit en tout cas très facilement et reste très accessible ce qui est également une bonne chose.

Connaissant très mal le cinéma japonais et ayant vraiment découvert ce classique pour la première fois, je ne connaissais pas non plus la distribution qui la compose. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre (même si j’ai l’impression d’avoir déjà vu certaines têtes et/ou lu quelques parts certains noms) et ce n’est pas plus mal. Le fait de ne pas penser à une autre œuvre m’a permis d’avoir tout de suite de la sympathie pour ses différents personnages avec leurs qualités et leurs défauts. En tête, j’ai beaucoup aimé Takashi Shimura dans le rôle de Kambei Shimada. J’ai aimé la sagesse de ce personnage qui fait un bon chef de bande et l’acteur y est suffisamment charismatique pour s’imposer à l’écran.

J’ai apprécié aussi Toshirô Mifune en Kikuchiyo. Le comédien en impose pas mal aussi et fait bien exister son personnage à l’écran. Si je n’ai pas toujours compris là où on voulait en venir avec lui, je reconnais néanmoins qu’il s’impose très vite et fait partie des figures importante de cette troupe de sept. L’acteur possède également aussi un certain charisme qui n’est pas négligeable non plus même quand il se retrouve saoul ou les fesses à l’air, continuant ainsi malgré tout de lui donner une bonne dose de crédibilité sans jamais nous détacher du film.

Un autre acteur qui a beaucoup de classe je trouve, c’est Seiji Miyaguchi dans la peau de Kyuzo. C’est assez drôle car au final on n’exploite pas totalement son aura naturel, son personnage restant assez en retrait mais le comédien en impose pas mal je trouve au point que j’aurais bien aimé le voir un peu plus développé et/ou mis un peu plus en avant. C’est aussi le cas pour le petit jeune de la bande dont la naïveté et l’innocence apporte une bonne contrepartie dans la bande de samouraïs. J’aurais aimé le voir un peu plus en avant, un peu plus costaud mais là encore, je comprends parfaitement pourquoi il en est ainsi, le scénario étant très bien écrit. Rien à redire également concernant le reste de la distribution qui fait bien son boulot et qui m’ont beaucoup convaincu eux aussi.

Premier film que je vois d’Akira Kurosawa qui a su marquer pourtant le cinéma au-delà de ce simple long métrage, j’ai beaucoup aimé ce que j’ai vu. A l’époque où on voit que certains films ont pu très mal vieillir, pour sa part, la mise en scène de ce film se bonifie grandement avec le temps. Le travail est si soigné et si efficace, qu’on imagine d’ailleurs difficilement que ce film date des années 50 même si le noir et blanc peut nous mettre sur la piste. Ce noir et blanc est d’ailleurs superbe. Il nous offre une très belle photographie avec des plans qui peuvent être des tableaux à eux seuls tandis que la lumière s’avère très bien exploité.

Visuellement, c’est très efficace et d’une très grande beauté. Même le combat final, qui est pourtant la partie que j’aime le moins, est très réussi avec des effets de style brillant et une exploitation de la pluie qui intensifie encore un peu plus ce film. Le montage est lui aussi très bien ficelé. Il n’y a pourtant pas tous les effets que l’on peut voir à l’heure actuelle mais c’est dans la simplicité de son époque que le film continue de puiser sa force et de gagner en charme. Les décors sont eux aussi pas mal du tout en nous faisant bien rentrer dans ce récit. Associés aux différents costumes, je me suis vite plongé dans cette époque sans jamais vraiment en ressortir. La nomination de ce film à l’époque aux Oscars pour les décors et les costumes me paraissent en tout cas très justifiée.

Car si le film dure plus de trois heures, l’ensemble est si palpitant que ça reste passionnant et qu’on ne s’ennuie jamais. Tout à son importance même dans la mise en scène. D’ailleurs, j’ai entendu parler d’une version de 2 heures 10 lors de sa sortie originelle en Europe et aux États-Unis mais sa simple évocation me semble maintenant une hérésie tant je ne vois pas quelle heure de film on aurait pu supprimer. Il y a bien sûr quelques maladresses d’époque mais supprimer une heure de ce film revient à le vider à mes yeux de sa substance et de son âme.

Quant à la bande originale composée par Fumio Hayasaka, je l’ai trouvé elle aussi très bonne. Elle sait se faire discrète et s’imposer lorsque cela est nécessaire afin d’avoir un ensemble harmonieux musicalement et parfaitement homogène. Si le film est agréable à voir, il est aussi très agréable à écouter. D’ailleurs, je ne suis pas étonné que peu de temps après, on ait eu le droit à un remake aux États-Unis avec « Les sept mercenaires », un autre classique que je n’ai pas encore vu (même si ça ne serait tarder car il me tente beaucoup et encore plus depuis que j’ai vu le film de Kurosawa) mais qui a su lui aussi marquer l’Histoire du cinéma et devenir un classique.

Pour résumer, je ne regrette absolument pas d’avoir enfin pu voir « Les 7 samouraïs ». Voici enfin l’une de mes nombreuses lacunes cinématographiques qui est comblé. Je reverrais d’ailleurs ce film avec grand plaisir même si sa longue durée me fait penser qu’il n’est pas toujours aisé de le caser dans sa journée (je ne l’ai pas vu mais à mes yeux, la version de deux heures est à boycotter). Bien que son final soit réussi, c’est surtout ses deux premières heures que j’ai adoré mais dans son ensemble, cette œuvre culte vaut vraiment le détour. Un film qui a su en tout cas maintenant trouver sa place dans ma dvdthèque et un long métrage indémodable qui n’a pas fini de marquer les esprits. A voir.

Édit : L’avis ci-dessus a été écrit en 2013. Je le reposte aujourd’hui car j’ai revu le film et que mon avis à son sujet n’a pas changé. Cependant, j’ai eu maintenant la chance de le revoir en Blu-ray et la restauration de l’image sous ce format est excellente. Je n’ai rien contre le dvd (surtout que c’est sur ce support que je l’ai découvert la première fois) mais la qualité de l’image et du son en Blu-ray rend bien honneur à ce long métrage.

4.5/5 (Grand Film)

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6 réflexions sur “Les 7 Samouraïs

  1. Je l’ai vu il y a quelques mois et je suis censée le chroniquer pour le Movie Challenge, mais j’admets ne pas trouver l’inspiration. En fait, j’ai bien aimé, j’ai trouvé que c’était un bon film mais je n’ai pas eu le coup de coeur.

    Aimé par 1 personne

    1. Je comprends. Ça reste en tout cas un grand classique incontournable. Après, ce n’est pas un coup de cœur pour moi aussi mais je reconnais qu’il est très bon. D’une manière générale, je suis assez hermétique au cinéma japonais donc je suis ravi que celui ci me plaise. Néanmoins, c’est surtout la première partie qui m’a le plus plu. La seconde avec la bataille finale m’a paru plus lourde et bizarrement ralenti le rythme et mon enthousiasme vis à vis de ce film. Comme je le dis dans le billet concerné au remake, je préfère largement « Les sept mercenaires » qui est plus rythmé et qui a su se débarrasser des éléments les plus plombants de cette intrigue.

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        1. Pour l’instant, depuis que j’ai commencé mon cycle western (un genre que je connais vraiment peu), j’aime bien. Il n’y a que les films sur la cavalerie qui m’ont le moins parlé. « Les sept mercenaires », je le trouve en tout cas excellent, je le préfère même au « Sept samouraïs » que j’aime malgré tout. Le western de Sturges corrige pas mal de petits trucs qui me plaisait moins dans la vision de Kurosawa. De plus, d’une manière générale, la culture américaine me parle davantage que la culture japonaise je le reconnais.

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