Johnny Guitare

johnny-guitareJohnny Guitare (Johnny Guitar). 1 heure 45. États-Unis. Western – Drame. Sortie en France le 10 novembre 1954 (le 27 mai 1954aux États-Unis). Réalisé par Nicholas Ray avec Joan Crawford, Sterling Hayden, Mercedes McCambridge, Scott Brady, Ward Bond, Ernest Borgnine, Ben Cooper, John Carradine, Royal Dano, Rhys Williams, Will Wright, Frank Ferguson, Paul Fix, Ian MacDonald…

Sous le nom de Johnny Guitare, Johnny Logan, tireur d’élite connu dans tout l’Ouest, vient travailler au ranch de Vienna, une femme qu’il aima autrefois. Ils ne se sont pas vus depuis cinq ans, mais n’ont rien oublié de leur amour. Vienna possède également un saloon, dont la proximité du futur chemin de fer lui donne une valeur exceptionnelle. Vienna est jalousée par Emma Small, qui possède l’un des plus importants troupeaux de bétail de la région avec McIvers. Lorsque son frère est tué dans une attaque de diligence, elle accuse Dancing King, qu’elle soupçonne d’être l’amant de Vienna et dont elle est elle-même amoureuse.

« – Je vais te tuer.
– Je sais. Si je ne te tue pas la première. »

Avis écrit le 26 novembre 2016.

En commençant mon cycle consacré aux westerns, « Johnny Guitare » faisait partie de ses films qu’il me tardait de découvrir. Je n’avais rien vu à son sujet mais le long métrage de Nicholas Ray possède pas mal de bons échos. De plus, à la lecture de son synopsis, j’étais convaincu qu’il y avait matière à faire un film très intéressant.

Sur ce point, je n’ai pas du tout été déçu. Le film a beau avoir une trame bien classique aux westerns avec un territoire à défendre et deux camps qui s’opposent, le scénario écrit par Philip Yordan, d’après le roman de Roy Chanslor, s’avère être très intelligent. Placé au centre de son intrigue une rivalité féminine nous offre une vision totalement différente de ce à quoi on peut être habitué de ce genre.

Alors oui, cela sent toujours la poussière avec les bons mots et les colts prêts à dégainer mais dans son écriture, le scénario possède une finesse qui rend son sujet encore plus fort et plus prenant. A son époque, le film possédait un sous-texte sociétal des États-Unis assez fort apparemment. Je ne vais pas rentrer dans les détails, je ne m’estime pas assez caler là-dessus et d’autres le fond beaucoup mieux que moi en terme d’analyse. En revanche, en tant que simple spectateur, je ne peux qu’admettre que ce scénario est fort et tient la route malgré quelques situations dérisoires qui peuvent prêter à sourire de nos jours.

En fait, si je n’ai qu’un seul regret, c’est que le film n’ait pas été encore plus loin avec la femme. Il est l’un des rares westerns à mettre la femme au centre de son intrigue, à l’ériger en héroïne et je trouve ça véritablement brillant. Cependant, j’aurais aimé en voir plus. Une fois que l’on enlève Vienna et Emma du récit, la distribution des rôles et totalement masculine.

Nos deux femmes qui s’affrontent illuminent l’écran dans leurs confrontations. Leurs joutes verbales peuvent s’avérer beaucoup plus efficace que n’importe quelles balles tirées par ses Messieurs mais j’aurais aimé voir plus de personnages féminins, que l’on aborde plus de portraits dans ce milieu. Maintenant, je ne vais pas bouder mon plaisir pour autant surtout qu’à l’époque (et encore maintenant au regard des autres westerns qui ont pu sortir depuis), ce long métrage reste une révolution culturelle.

A l’écran, j’ai énormément aimé Joan Crawford (Vienna). L’actrice parvient vraiment à effacer ses homologues masculins et à porter le film sur ses épaules sans jamais trop en faire. Son jeu est juste, il tient la route et il est surtout très convaincant. Comme ceux qui se retrouvent face à elle, je me suis mis à être subjuguer par l’aura qu’elle dégage tout en aimant ce portrait de femmes fortes qui sait ce qu’elle veut tout en nous étant extrêmement sympathique.

Je ne pourrais pas en dire autant de Mercedes McCambridge (Emma Small). Je sais que c’est le récit qui en fait une bonne tête à claques mais je regrette que son interprétation possède moins de nuances. J’ai trouvé son interprétation, beaucoup trop caricatural. Elle est à mes yeux trop dans l’excès, ce qui décrédibilise ses propos et ses actes. Si je peux comprendre ceux qui suivent Vienna, j’ai du coup eu plus de mal à comprendre ceux qui suivent aveuglément Emma ce qui est dommage car pourtant le scénario n’est pas si mauvais que ça avec le traitement de ce rôle.

Une fois que l’on enlève cette dose de féminité qui bouscule le western, on retrouve une distribution plus masculine. Sterling Hayden (Johnny Guitare) m’a beaucoup amusé. J’aurais bien aimé en savoir davantage sur ce personnage mais il a un côté énigmatique qui me plait bien. Le comédien nous le rend bien sympathique et ses apparitions sont assez agréables.

C’est aussi le cas pour Scott Brady (Dancing Kid). Il fait partie de ceux qui jouent pas mal avec les excès de leurs personnages mais à mon sens, il réussit à ne jamais franchir la ligne rouge. Il n’est pas risible, on arrive même à l’apprécier même si on sait qu’il n’est pas droit dans ses bottes et cette image du bandit gentillet est appréciable tout en allant bien avec sa « belle gueule ».

Dans la bande de ce dernier, si Ben Cooper (Turkey Ralston) est assez touchant tandis que Royal Dano (Corey) est presque transparent dans ce récit, celui qui tire le mieux son épingle du jeu reste Ernest Borgnine (Bart Lonergan). J’ai adoré la prestation de ce dernier. Il m’a autant exaspéré qu’il m’a fait sourire et j’ai beaucoup aimé la complexité de son personnage.

Pour le reste, Ward Bond (John McIvers) aurait mérité d’exister un peu plus dans la peau du méchant. Là, il fait un peu office de faire-valoir mais pour une fois que c’est un homme qui a ce statut dans un western, je ne vais pas me plaindre de trop. Frank Ferguson (Le Marshall Williams) s’en sort très bien de son côté, j’aurais bien aimé le voir plus aussi mais bon, ce ne sont clairement pas eux les vedettes de cette histoire.

Si ce long métrage a acquis ce statut de références cinématographique, c’est également grâce à la réalisation de Nicholas Ray. Le cinéaste sait très bien mettre en avant ses héroïnes en créant une tension autour d’elles que le spectateur ressent. Opposant deux femmes, son film possède un glamour qui n’est pas négligeable non plus mais il est très bien exploité. On ne joue pas dans le cliché et on ne tombe pas dans la romance bien lourde ou dans la posture de la « femme-objet » ce qui est agréable.

Les cadres sont très bons avec des prises de vues assez variés qui associé au montage fait que l’on ne s’ennuie jamais. C’est très rythmé et le film demeure fascinant même lorsque l’action reste sur place comme au début dans le saloon avec ses échanges savoureux. De nombreux plans m’ont vraiment paru très beaux comme la scène de l’incendie ou encore le jeu dans les regards dans la scène où Johnny Guitare demande à Vienna de lui mentir.

La photographie est aussi très belle avec une belle palette de couleur. Si j’ai bien aimé les différents décors, je dois reconnaitre que ce sont surtout les intérieurs qui m’ont plu. J’aurais aimé être autant marqué par les extérieurs même si ce ne fut pas toujours le cas. Les costumes sont eux aussi très intéressant avec un choix dans les couleurs (notamment pour les tenues de Vienna) qui tranche pas mal entre les deux camps. La musique composée par Victor Young est aussi très belle avec une chanson de fin qui clôture très bien cette aventure.

Pour résumer, dans le monde du western, ce « Johnny Guitare » s’impose comme un incontournable qui mérite vraiment le déplacement. Si je trouve qu’il possède toujours un impact et un fond assez fort, je me dis qu’à son époque, il devait bien faire son petit effet aussi. Le scénario est vraiment brillant avec pour une fois la femme en tête d’affiche et l’homme qui apparait comme un accessoire. Si je regrette que le scénario n’ait pas été d’ailleurs un peu plus loin avec la présence de la femme, j’ai quand même été captivé de bout en bout. Il y a un très bon travail d’écriture, une interprétation bien souvent très juste et une mise en scène très belle qui enrobe bien le tout. Que l’on aime ou pas les westerns, le film de Nicholas Ray vaut clairement le détour malgré tout.

4.5/5 (Grand Film)

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