De sang-froid

de sang froidDe sang-froid (In Cold Blood). 2 heures 14. États-Unis. Drame. Sortie en France le 20 mars 1968 (le 14 décembre 1967 aux États-Unis). Réalisé par Richard Brooks avec Robert Blake, Scott Wilson, John Forsythe, John McLiam, Paul Stewart, Jeff Corey, Charles McGraw, Gerald S. O’Loughlin, James Flavin, John Callaudet, Will Geer, Jim Lantz, Sheldon Allman…

C’est l’histoire, inspirée d’un fait divers, de deux jeunes repris de justice qui, le 15 novembre 1959 à Holcomb, petite ville du Kansas, assassinent froidement et sans aucun mobile une famille d’agriculteurs.

« Les Docteurs et les avocats, ils s’en foutent pas mal. T’as jamais vu un millionnaire grillé sur la chaise électrique hein ? T’attendras longtemps. Il y a toujours deux lois, Coco. Il y en a une pour les riches et une pour les fauchés. »

Avis écrit le 23 janvier 2017.

Pour être honnête, je n’avais jamais entendu parler du film « De sang-froid ». Si je l’ai découvert, c’est surtout parce que j’ai lu récemment le livre de Truman Capote et, ayant alors connaissance de cette adaptation cinématographique, j’étais assez curieux de voir le résultat. C’est ainsi que je me suis retrouvé avec le Blu-ray de ce film entre les mains et que ma découverte a pu avoir lieu.

Globalement, je suis très vite rentré dans ce scénario écrit par Richard Brooks, d’après le roman du même nom de Truman Capote. Dans sa construction, ce récit est d’ailleurs assez fidèle dans l’ensemble au roman d’origine. Comme dans le livre, on sent le travail d’enquête de Truman Capote avec le soin très méticuleux apportés sur les faits précis qui ont eu lieu.

Très rapide, le visionnage de ce film s’avère aussi fluide que ma lecture avec une histoire très centré sur les tueurs et l’atrocité de leurs actes gratuits pour une poignée de dollars. J’ai ainsi retrouvé un duo macabre qui fonctionne bien avec Perry Smith et Dick Hickock. Il y a une folie chez Dick et une certaine forme de tendresse chez Perry que je trouve très intéressante. On ne cautionne jamais l’acte froid et barbare qu’ils ont commis, mais cette façon de tenter d’expliquer ce qui a pu se passer dans leurs têtes me plait.

Autre détail que j’apprécie dans cette histoire, c’est le portrait dressé en arrière-plan de cette société de l’époque avec ses différences de classes sociales, la façon de faire des médias dans les affaires judiciaires ou encore comment l’éducation peut influencer un enfant (le rôle du père est décrit de façon importante). C’est des petits détails, c’est montré de façon très légère mais c’est bien équilibré.

Maintenant, il y a quand même des petites choses que je regrette surtout en ayant lu le roman. Ce long métrage s’avère extrêmement fidèle mais pourtant à côté de ça, il passe à côté de certaines choses. L’enquêteur Alvin Dewey est par exemple un peu trop en retrait. C’est dommage car il possède une place plus importante dans le livre qui permet d’apporter des choses très intéressante à cette chasse à l’homme. Il y a une vision que l’on peut mettre en parallèle avec l’enquête de Truman Capote (qui devient ici le journaliste Jenson) qui est un peu sous exploité.

De même, le côté pédophile de Dick est montré que sous forme d’une allusion rapide. C’est dommage car on l’exploite un tantinet plus dans le livre ce qui nous permet de mieux cerner l’équilibre de ce couple de tueurs que tout oppose mais qui se réunisse dans le morbide. Divisé en deux parties avec d’abord le road trip des tueurs puis ensuite la résolution de l’enquête, je regrette un peu également que l’on exploite peu voir pas du tout leur détention après le jugement ainsi que la bataille sur l’avis des experts psychiatriques dans le dernier acte.

Ce ne sont que des détails lié à ma lecture auquel je ne peux pas faire totalement abstraction (du moins je n’y suis pas parvenu) mais sincèrement, le travail reste néanmoins remarquable. On aurait pu avoir des tueurs dépeints de façon plus froide mais dans le registre du polar, on a déjà quelque chose de très bon.

Comme dans le roman d’origine, c’est surtout le final qui me plait principalement parce que l’on tente de comprendre ses tueurs (j’ai toujours aimé le fait qu’on tente de comprendre ce qui est incompréhensible plutôt que de condamner directement). Je pense d’ailleurs que c’est pour cela aussi que si je ne le trouve pas totalement parfait, j’apprécie quand même ce long métrage.

Côté casting, j’ai trouvé que l’interprétation des différents comédiens était très bonne. Ils m’ont en tout cas paru crédibles avec leurs personnages respectifs. Robert Blake (Perry Smith) est ainsi parfait dans la peau de ce faux dur qui ne réalise qu’à moitié ses actes. A travers son regard et sa gestuelle maladroite, on éprouve une certaine tendresse pour lui et je peux d’ailleurs comprendre pourquoi Truman Capote a su nouer une certaine confiance avec lui lors de ses échanges.

A ses côtés, Scott Wilson (Dick Hickock) est pas mal non plus dans la peau de ce beau parleur tellement sûr de lui qu’il pourrait nous convaincre de tout et de son contraire. Il y a une exubérance chez ce personnage que le comédien montre bien et une évolution lorsque le piège se referme sur lui que je trouve bien interprété. A eux deux, l’équilibre est vraiment bon et personne n’étouffe l’autre dans ce duo.

Pour le reste de la distribution, le casting est plus en retrait. Comme je dis plus haut, j’aurais bien aimé voir davantage John Forsythe (Alvin Dewey) ainsi que Paul Stewart (Jenson) qui aurait pu apporter quelque chose surtout que les deux acteurs sont convaincants. J’ai bien aimé aussi la famille Clutter, John McLiam (Herbert Clutter) en tête, même si on les survole assez vite ce qui ne nous laisse pas vraiment le temps de sympathiser avec eux tout comme pour le reste de la ville d’Holcomb (la famille Clutter ainsi que la communauté de cette ville, avec son lot de rumeurs et de craintes, est davantage exploité aussi dans le roman).

Premier long métrage que je vois de Richard Brooks, je dois avouer que je suis surpris par le résultat. La restauration de l’image en Blu-ray doit jouer un peu sans doute mais dès le début, j’ai été sous le charme de cette mise en scène. L’exploitation de la lumière et du cadre est très belle. De même, la photographie met à merveille en valeur cette histoire en jouant très bien sur les profondeurs.

Si j’ai une préférence pour la dernière partie du long métrage qui s’intéresse pas mal à la psychologie de ses tueurs, la première partie du film n’en reste pas moins très plaisante dans son côté road trip. Les grands décors avec ses routes désertes et ses couleurs que l’on devine derrière ce très beau noir et blanc assumé est excellent.

Niveau rythme, le montage est très bien fait. On ne s’ennuie pas une seule seconde et même si je connaissais l’issue de cette enquête, je dois avouer que je n’ai pas vu les plus de deux heures de film passé. La bande originale composée par Quincy Jones me plait beaucoup également. Agréable, elle apparait parfois un peu trop lourde, un peu trop présente mais ce côté jazzy colle bien au film.

Pour résumer, je ne sais pas si c’est le fait d’avoir lu ou non le roman de Truman Capote qui a joué mais j’ai beaucoup aimé « De sang-froid ». Je préfère le roman qui exploite davantage de chose dans son fond et dans la vision qu’il propose mais le film de Richard Brooks n’en reste pas moins passionnant. Très fidèle et traité avec beaucoup de soin, du meurtre macabre jusqu’à sa résolution finale, ce film m’a tenu en haleine. Je ne pensais pas que j’aimerais autant mais malgré ses quelques petits défauts, je le reverrais avec beaucoup de plaisir.

4/5 (Excellent)

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