L’appât (1953)

lappatL’appât (The Naked Spur). 1 heure 28. États-Unis. Western. Sortie en France le 2 octobre 1953 (le 6 février 1953 aux États-Unis). Réalisé par Anthony Mann avec James Stewart, Janet Leigh, Robert Ryan, Ralph Meeker, Millard Mitchell…

1868. Howard Kemp se dirige vers les Rocheuses d’Abilene, au Kansas, à la poursuite du meurtrier Ben Vandergroat, afin d’empocher la récompense de 5 000 dollars. Kemp croise sur son chemin un chercheur d’or, Jesse Tate, et un soldat récemment libéré de réputation douteuse, Roy Anderson. Ils capturent Vandergroat et son amie, Lina Patch. Mais durant le voyage du retour à travers les Rocheuses, Vandergroat essaiera de s’enfuir en divisant les trois hommes, jouant sur les faiblesses de chacun d’eux.

« – Le choix t’appartient, Ben. Une balle ici ou une corde à Abilene.
– Choisir une façon de mourir, ça change quoi ? Choisir une façon de vivre, c’est ça qui est dur. »

Avis écrit le 11 février 2017.

Cela faisait un petit moment maintenant que je n’avais pas repris mon cycle cinématographique consacré aux westerns. Du coup, j’ai profité que j’avais un peu de temps libre pour me plonger dans « L’appât », un film que je n’avais jamais découvert et dont j’avais entendu pourtant pas mal de bons échos. De base en tout cas, le projet me plaisait aussi bien que le casting donc je partais sur cette découverte plutôt confiant.

Cette confiance, elle ne m’a jamais quitté et c’est ainsi que j’ai bien aimé ce scénario écrit par Sam Rolfe et Harold Jack Bloom. Un chasseur de prime, un bandit à ramener à bon port, une récompense qui divise, une jolie femme qui ne laisse pas indifférent et les grands paysages américains… Tous les ingrédients sont réunis dans ce western pour que l’on passe un bon moment, on a même le droit à une légère dose d’indiens pour bien rester dans l’époque.

Si ce n’est pas pour son originalité que j’ai aimé ce film, c’est surtout pour la tension qu’il parvient à maintenir de bout en bout à travers son récit. Il y a bien des passages que je trouve facile (je sais que je ne suis pas de cette époque mais les réactions de Lina me surprenne parfois dans sa niaiserie…) voir prévisible mais dans l’ensemble, j’ai été captivé.

J’ai apprécié le fait qu’au final, je me moque un peu des motivations de chacun. Le concours de circonstances qui les réunit fait que le scénario s’interroge assez bien sur le sens à donner à sa vie. Est-ce qu’il y a un intérêt à la quête que suivent les personnages ? Vivent-ils vraiment en accord avec eux-mêmes ? Cet appât du gain va vraiment montrer des choses intéressantes dans la nature humaine de nos héros et au-delà de ça, j’ai aimé tout ce jeu de manipulation qui tient jusqu’à la fin même si parfois les ficelles sont un peu trop grosses.

Devant la caméra, j’ai eu un peu de mal au début avec James Stewart (Howard Kemp). J’aime bien cet acteur mais je ne sais pas pourquoi, je trouvai qu’il n’était pas vraiment à sa place, qu’il n’était pas vraiment crédible. Pourtant, je dois bien avouer que très vite, je me suis laissé prendre au jeu de son interprétation caricatural. J’ai appris à sympathiser avec son personnage et j’ai même aimé le fait que ce héros ne soit pas tout blanc dans son caractère, ses motivations…

A ses côtés, j’ai bien aimé Millard Mitchell (Jesse Tate). Je l’ai tout de suite trouvé très sympathique et l’interprétation du comédien avec ce portrait haut en couleurs m’a très vite plu. Ce ne fut pas forcément le cas en revanche de Ralph Meeker (Roy Anderson) que j’ai souvent trouvé maladroit. J’avais même un peu peur qu’on lui donne une trop grande importance dans cette histoire mais au final, sa présence s’avère bien dosé.

Pour jouer le vilain bandit à qui l’on veut mettre la corde au cou, Robert Ryan (Ben Vandergroat) s’en sort bien. Peut-être un peu trop léger parfois avec ce sourire pas naturel qui est totalement assumé pour montrer le côté sournois de son personnage, je trouve que l’acteur fait quand même l’affaire surtout vers la fin où son masque tombe réellement et où il assume son statut de bandit.

Quel dommage maintenant que Janet Leigh (Lina Patch) soit cantonné au rôle de la bonne poire. Dans ce film, c’est la jolie plante parfaite. La femme au service de l’homme, la femme serviable qui a bien son petit caractère mais qui apparaît totalement soumise et qui lance bien entendu de longs regards langoureux au héros. Le portrait de son personnage est vraiment maladroit et c’est regrettable car je pense qu’il y avait vraiment matière à mieux l’exploiter surtout que la comédienne s’impose à merveille à l’écran. Janet Leigh parvient à ne pas trop s’effacer malgré sa condition et j’éprouve vraiment de la frustration de la voir gentiment faire des massages et servir le café…

La réalisation d’Anthony Mann est en tout cas très belle et contribue fortement au plaisir que j’ai pu éprouver pendant mon visionnage. Il n’y a pas de grands plans novateurs et avec le recul, je ne suis pas sûr qu’il y ait de grandes scènes qui vont me marquer à titre personnel mais je ne peux que constater la beauté des images que nous propose le cinéaste.

Aidé par une très belle photographie et une bonne utilisation des couleurs qui s’offre à lui, j’ai vraiment pris mon pied à voyager dans ses grandes étendues américaines. Les paysages sont vraiment remarquables. C’est pour ce type de décors (plus que pour les scénarios en général) que j’apprécie les westerns et j’avoue que là, j’en ai eu pour mon argent.

J’aime quand les décors m’invitent au voyage et c’est le cas ici. On aurait même pu aller un peu plus loin par moment (la scène des collines pour capturer Ben ou la scène finale est un peu limité je trouve par moment dans son utilisation) mais j’ai vraiment apprécié les différentes peintures que le film propose. Le montage est lui aussi bien fait avec un film d’une bonne durée où on ne voit pas le temps passé.

Quant à la musique composée par Bronislau Kaper, elle reste agréable et assez cohérente avec le long métrage. J’ai eu un peu peur au début avec le plan d’ouverture qui utilise une musique qui n’est pas forcément en adéquation avec ce portrait d’un homme seul à cheval en pleine nature mais c’est vraiment le seul passage où j’ai trouvé que ça faisait un peu fausse note.

Pour résumer, « L’appât » est un excellent western qui m’a fait passer un très bon moment. Si dans son fond, je trouve le résultat assez classique voir même parfois maladroit, je suis néanmoins resté captivé par ce récit qui joue habilement sur la tension entre ses différents personnages, leurs quêtes personnelles et l’appât du gain. Quant à la forme, c’est dans sa simplicité qu’Anthony Mann nous propose un western aux paysages épiques comme je les aime et qui emballe bien le contenu. Un excellent western avec ses petites imperfections en bref mais que je reverrais avec beaucoup de plaisir.

4/5 (Excellent)

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